Il est né à Montrouge et a survécu à l’arrestation de toute sa famille, grâce à sa mère qui l’a poussé dans un débarras. Chut !, c’est le titre de l'un de ses derniers ouvrages, et c’est le dernier mot que sa mère lui a dit avant de partir vers les camps où toute la famille a disparu.

Toute son œuvre est une tentative de réponse à cette "impardonnable énormité" qu’a été le génocide et un immense éclat de rire devant la "connerie humaine".

Sa volonté de ne pas "emmerder le lecteur" l’a conduit à enfreindre toutes les règles stylistiques. Ses récits mêlent prose, poèmes, français, anglais, sérieux et dérision. Il est de ceux qui ont révolutionné le roman moderne. Il a été l’ami de Beckett, auquel il a consacré la première thèse en langue anglaise. C’est le premier écrivain "célino-beatnik" selon Christian Prigent et sa vitalité nous séduit tous. C’est grâce à l’association Scènes Obliques que Raymond Federman est venu dans notre région et que nous avons pu l’inviter à la bibliothèque du centre ville de Grenoble.

Raymond Federman a participé à l'édition 2008 du Festival de l'Arpenteur

Biographie

Ecrivain et poète américain né en France à Montrouge en 1928, et décédé le 6 octobre 2009 à San Diego. Il a écrit aussi bien en anglais qu'en français. Après une enfance tranquille à Montrouge, il échappe de peu à la rafle du Vél d'Hiv en 1942 : seul survivant, dans des conditions exceptionnellement dramatiques, sa mère l’avait poussé dans les toilettes sur le palier en lui intimant l’ordre de se taire, au moment de l’arrestation. Le reste de sa famille mourra dans les camps de concentration.

Il réussit à joindre la zone libre chez des parents dans le Lot-et-Garonne et revient à Montrouge à la Libération puis émigre aux États-Unis en 1947. Il commence à travailler dans les usines de Detroit, puis exerce plusieurs métiers (ouvrier, champion de natation, joueur professionnel…). Par patriotisme il s’engage dans les parachutistes, lors de la guerre de Corée.

Il étudie à l'Université de Columbia en 1957. Il prend goût à la littérature et s’essaie à l’écriture avec succès puisqu’il entame une carrière universitaire et de critique littéraire, durant laquelle il met au point les concepts de "surfiction" et de "critifiction" qu’il utilise d’ailleurs dans son œuvre.

Il enseigne ensuite à l'Université de Californie (1959-1964) puis à l'Université de Buffalo dans l'état de New York d'où il prendra sa retraite en 1999 avec le titre de professeur émérite.

Ses romans font intervenir des voix, plutôt que des personnages, « ma voix, dit-il, dans ce sens, c’est mon aventure humaine. Quand je parle, quand je dis quelque chose de vrai ou de faux, je me raconte ». Son écriture allie plusieurs "je", un narrateur, un enregistreur, un écouteur et parfois intervient aussi un extérieur qui questionne.

En ce sens ses textes sont très théâtraux, et ont une certaine proximité avec ceux de Beckett dont il a été un proche, et dont il est un spécialiste réputé.

Raymond Ferderman a écrit aussi bien en français qu’en anglais, auteur inclassable il a transgressé les codes de la narration et de la typographie, "mettant en scène" son écriture sur la page.

Louis Castel et sa Compagnie le Théâtrographe ont présenté à la Chartreuse d’Avignon, lors du festival 2005, un spectacle intitulé Federman’s qui utilisait hormis une partie de son œuvre, un dispositif vidéo ainsi que la présence de l’auteur.

Bibliographie (extraits)

  • Amer Eldorado (1974)
  • La fourrure de tante Rachel (2001)
  • Amer Eldorado 200/1 (2003)
  • Future concentration (2003)
  • Le Crépuscule des clochards (2004)
  • Quitte ou double (Al Dante)
  • Moinous & Sucette (Al Dante)
  • Mon Corps en neuf parties (Al Dante)
  • Retour au fumier (Roman, Al Dante, Paris 2005)
  • Surfiction (Essai, Editions Le mot et le reste 2006)
  • Le Livre de Sam : ou des pierres à sucer plein les poches. (Mémoires au sujet de S. Beckett, Al Dante, Paris 2006)
  • A qui de droit (Roman, Al Dante, Paris 2006)
  • Les Carcasses (Fiction, Editions Olympique, Bordeaux 2007)
  • Coup de pompes (Fragments d’écritures, Le Mot & Le Reste, Marseille 2007)
  • Chut ! (Léo Scheer, 2008)
  • La Voix dans le débarras (Impressions nouvelles, 2008)
  • À la queue leu leu / The Line (édition bilingue), avec Stéphane Rouzé (Éditions Cadex, 2008)
  • La Fourrure de ma tante Rachel (Léo Scheer, 2009)

Pour en savoir plus :

Vidéo de l'entretien de Raymond Federman sur le site de son éditeur Léo Scheer

Matricule des Anges, N°68, Novembre-décembre 2005

Résumé et extrait de l'émission Métropolis à propos de la pièce ''Federman's''

À la queue leu leu / The Line A la queue leu leu
À la queue leu leu / The Line, adapté et traduit par Stéphane Rouzé, éditions Cadex, 2008. Visible ici
Les mots mis "à la queue leu leu" symbolisent les hommes, les femmes et les enfants qui ont pris place dans une file d'attente infinie. Dans ce long calligramme ondoyant, le texte est mis en perspective par une mise en page mimétique et surprenante où pas à pas, page après page, des interventions graphiques et typographiques l'accompagnent. Ainsi, la présentation de cet ouvrage épouse les méandres d'une tradition avant-gardiste dont l'auteur de Quitte ou double (Al Dante) s'est fait, outre-Atlantique, le héraut. La version en anglais U.S. suit la version française due à Stéphane Rouzé qui a traduit et adapté le texte original.