Reçu à Saint-Etienne le 9 février 2008 pour son livre Entre les murs, Prix du livre France Culture -Télérama, cette rencontre a aussi été l’occasion d’évoquer son dernier ouvrage Fin de l’histoire.


Entre les murs

Le récit oscille entre fiction et documentaire. Il a pour cadre essentiel la salle de classe et la salle des professeurs d’un collège du 19e arrondissement à Paris. Il se déroule sur le temps d’une année scolaire et se compose d’une succession de scènes qui dessinent « avec légèreté » et humour le portrait d’un groupe d’enseignants et de collégiens en ZEP.

Le parti pris esthétique de l’auteur est de faire entendre la langue d’adolescents d’aujourd’hui, une langue approximative et amusante. Le regard que François Bégaudeau porte sur celle-ci est sans condescendance. Cette langue, même si elle n’est pas d’une pureté académique est créative avec un sens certain du rythme et de la concision. Le point de vue peut surprendre de la part d’un enseignant ! Mais pour l’enseignant Bégaudeau, ce français avec ses qualités est aussi un outil pédagogique, un moyen d’emmener les élèves vers une langue plus classique.

Notons en effet que dans la littérature produite par des enseignants qui relatent leur expérience, Entre les murs occupe une place singulière. Son auteur ne porte pas un regard désespéré sur l’éducation. Chez lui pas d’apologie de la catastrophe. L’école est encore un lieu sanctuarisé. Les élèves du roman ont encore et toujours le sentiment que c’est l’ école qui leur permettra d’entrevoir un avenir meilleur, que l’ascenseur social passe par elle.

On retrouve dans Fin de l’histoire, ouvrage publié en 2007 chez Verticales, cette volonté, ce désir de faire passer l’oral dans l’écrit.

 

Fin de l’histoire

Le 14 juin 2005 Florence Aubenas tenait une conférence de presse sur sa captivité en Irak, une conférence de presse dans laquelle on a vu revenir avec humour et pudeur la journaliste sur les conditions de son arrestation et de sa détention.

En août 2007 est paru Fin de l’histoire. François Bégaudeau y a raconté en 136 pages cette conférence. Il a choisi de s’y immiscer pour la commenter, instaurer une sorte de dialogue entre la journaliste et lui-même. Il cherche à débusquer dans le discours improvisé, dans l’oralité de la déclaration de Florence Aubenas les sous-entendus, les zones d’ombre d’une conférence de presse. Il n’hésite pas à intervenir dans le discours pour offrir des digressions sur son existence, son enfance et ses relations amoureuses.

François Bégaudeau poursuit un autre objectif en érigeant Florence Aubenas en figure historique. Elle est la femme, féministe, celle qui ne subit plus l’histoire et qui en sort vainqueur. Fin de l’histoire.

« Elles ont gagné Aurélie Adler, Gaëlle Bantagnie, Sophie Brunn, Daphné Burki, Héloïse Courty, Anaïs Croze, Yamina Daho, Camille Deslypper, Virginie Despentes, Karine Duchochois, Isabelle Duprez, Caroline du Saint, Julie Ferrier, Marina Foïs, Liane Foly, Florence Foresti, Lisa Friedlander, Marcela Iacub, Eva Joly, Sophie Joubert, Maylis de Kerangal, Yola Le Caïnec, Noémie Lvosky, Patricia Mazuy, Isabelle Mesplede, Véronique Ovaldé, Nathalie Quintane, Marie-Caroline Saussier, Joy Sorman, Bénédicte Thiébaut, Stéphanie Vincent, Dominique Voynet, Nadine Zoard et les autres et les autres et les autres et coetera et coetera et coetera enfin bref peu importe nous avons gagné »
(Extrait de Fin de l’histoire, Verticales, 2007).

Bibliographie

Jouer juste, Editions Verticales, 2003

Dans la diagonale, éditions Verticales, 2005

Un démocrate : Mick Jagger 1960-1969, Naïve, 2005

Entre les murs, Editions Verticales, 2006

Devenirs du roman, ouvrage collectif, Naïve, 2007

Une année en France : Référendum/banlieues/CPE, ouvrage collectif, Gallimard, 2007

Fin de l’histoire, Editions Verticales, 2007

Le sport par les gestes, Calman-Lévy, 2007

Antimanuel de littérature, Bréal, 2008

Vers la douceur, Editions Verticales, 2009

Parce que ça nous plaît : L'invention de la jeunesse, avec Joy Sorman, Larousse, 2010