B_421876201_dt_cpdt014_r_p_p.jpg Moze
Moze est l’histoire de son père. En Algérie, il a échappé au massacre des harkis ; en 1962, il a été arrêté et emprisonné ; en 1967, il s’est évadé et est arrivé avec sa famille en France. Le matin du 11 novembre 1991, après avoir salué le monument aux morts, il s’est suicidé en se noyant dans l’étang communal. Plus de dix ans après sa mort, sa fille tente de rendre compte de ce geste, celui d’un homme qui n’a été ni soldat, ni exilé, ni apatride, ni paria, mais banni. Un homme sans peuple et sans pays, sans légitimité. Ce livre dit la fabrique de cet homme-là : le colonialisme et ses excès, l’ignorance et le mépris, l’absurdité tragique d’une situation et la bêtise.


"Musulman" roman
Dans "Musulman" roman, Zahia Rahmani prolonge la réflexion sur le bannissement. La narratrice, isolée dans un camp par le simple fait de ses origines musulmanes, s’interroge sur ses nombreuses tentatives d’échapper à un tel destin. Marquée dès l’enfance par la rupture avec sa langue natale, qu’elle parlait en Algérie, elle abandonne volontairement le berbère, tissé dans l’étoffe des contes, pour se réfugier dans la langue française, avec le Petit Poucet pour guide. Ce compagnon d’infortune, figure emblématique d’un récit d’abandon, la ramène pourtant à la langue de sa mère, et à la complexité de ses origines. Issue d’une culture dite minoritaire dans l’Islam, cette femme devenue adulte se confronte à une nouvelle violence, le déni de la diversité de celui qu’on noie sous la figure générique de l’Arabe.


France, récit d'une enfance
B_421876201_dt_photo8F5149_p_p2.jpg France, récit d’une enfance est le livre de la honte refusée puis sublimée. Á cinq ans, Zahia Rahmani est donc arrivée avec sa famille et quarante-deux autres familles dans la région de Beauvais grâce à un convoi de la Croix-Rouge. Non seulement cette Picardie rurale sacrifiée était elle-même un milieu social souffrant, mais le voisinage estimait que cette famille algérienne transplantée, qui certainement mangeait du lion, n’était pas vraiment autorisée à vivre là. Le père, un homme désormais cassé et mélancolique, dressait interdit sur interdit face à ses enfants, à ses filles surtout, à Zahia en particulier. En revanche, la mère – qui mourut au moment de la crise des banlieues, en novembre 2005 – a légué à la petite fille sa capacité à résister en situation d’adversité, lui a transmis son goût des fables, lui a inventé une généalogie fictionnelle, lui a appris à prendre possession de la mémoire bourgeoise de la maison où la famille s’est installée, et à entretenir le jardin. Pour ce qui est de la littérature, de l’art, de la politique, de l’éveil amoureux, la petite fille, puis l’adolescente, s’est débrouillée seule avec l’aide occasionnelle d’un frère, d’un ou deux professeurs et des quelques amis qu’elle a fini par conquérir. La télévision enfin lui a ouvert le monde.

Le récit se clôt sur la transcription d’un article refusé par le journal El Watan racontant cinq voyages successifs qu’en intellectuelle lucide Zahia Rahmani a effectués dans son pays d’origine entre 1981 et 2003. Entre-temps la jeune fille a été la meilleure de sa classe, l’est restée, n’a cessé d’analyser son héritage familial et de s’interroger sur la place de l’histoire de l’autre dans le récit national. Elle s’est s’émancipée du parcours douloureux de son père en dépassant sa colère, en rejetant toute mélancolie, un sentiment dont elle estime qu’il ne saurait aider les Algériens qui en ce moment même luttent dans leur pays. Elle a poursuivi à Paris des études d’histoire de l’art et d’esthétique, a écrit sur Robert Rauschenberg, elle est actuellement responsable du programme « Art et Mondialisation » à l’Institut national d’Histoire de l’art après avoir travaillé dans quelques lieux majeurs de l’art contemporain, la galerie Léo Castelli, la Galerie nationale du Jeu de Paume, la Villa Arson, l’École des Beaux-Arts de Nice.

Zahia Rahmani ignore ce qui l’intéresse le plus, entre le sujet d’un livre et le travail de la forme qu’exige ce sujet. Elle estime que, dans une construction littéraire, il n’y a pas de mot plus important qu’un autre, de fait plus important qu’un autre, que dans un texte, il faut, comme dans une peinture abstraite, traiter de façon égale toute la surface. De façon égale et soutenue, le rythme, l’âpreté et la simplicité sont la marque de ses trois livres.